Frank Rivera, painter
 

 

Énoncé de l’artiste

Tout art est, en fin de compte, autobiographique. Je tiens un journal depuis les années 1960. L’acte d’écrire un journal est de nature secret. Il invite l’écrivain à sonder sous la surface. Les gens, les endroits, et les choses se déforment grâce à cette observation minutieuse, remplissant le besoin très humain de la part de l’écrivain de réinventer le monde.

Mes tableaux se passent de chronologie, ce qui mène à une expérience redéfinie. Puisqu’ils explorent les événements, réels et imaginaires, ces tableaux peuvent être lus comme autant de pages d’un journal. Pendant que j’organise le matériel visuel pour mes tableaux, j’essaie de lier les images à un événement particulier de ma vie. En présentant les résultats de cet effort à ceux qui les étudieraient, j’espère réussir à activer “une sonnette psychique,” pour ainsi dire, dans l’esprit du spectateur capable d’éveiller ses souvenirs, bien que j’y mette mes propre souvenirs ou déguise l’événement.

J’organise mes tableaux en une série de petits panneaux. En les faisant très petits, je fais un effort pour intensifier l’intimité entre peintre et spectateur. Les panneaux fonctionnent, je l’espère, comme un petit livre qu’on peut tenir à la main ou comme un jeu de cartes, ayant pour but d’être vus, lus, et compris par chaque personne à tour de rôle.

Normalement, les panneaux se lisent de gauche à droite à la manière d’une bande dessinée. Celà donne l’illusion distincte d’un laps de temps quand l’œil les examine attentivement et va d’un panneau à l’autre à la recherche de clefs significatives.

Pourtant les panneaux s’organisent parfois en ce qui paraît être une séquence fortuite, comme une série de portails ou fenêtres dans un espace plus vaste. Ce stratagème force le spectateur à retracer ses pas, créant l’impression d’une manipulation d’un événement temporel.

Mes images incluent, parmi d’autres choses, une variété de gestes de la main, des oiseaux mécaniques, des marionnettes, des chaises, et des appareils qui effectuent des tâches qui vont contre les lois de la nature. Ces sujets se détachent souvent de fonds presque identiques. D’autres fois, c’est l’objet lui-même qui se répète. L’œil humain est fasciné par la possibilité d’identifier les irrégularités évidentes dans des copies soi-disant identiques. Il est également fascinant de trouver des liens entre des choses opposées.